Centrale des syndicats du Québec

Soutenir le transfert de l'expertise en santé

Laurier Caron
Conseiller CSQ

Dans un contexte de renouvellement important du personnel de la santé, il faut assurer la transmission des savoirs d’expérience. Or, cet enjeu n’est pas considéré de façon satisfaisante dans le réseau de la santé et des services sociaux. Mis à part quelques rares initiatives, les employeurs se fient à la bonne volonté du personnel pour intégrer les nouveaux sans reconnaître cette tâche. Simon, Alain, Géraldine, Diane, Luc, France et Denise sont infirmières, infirmières auxiliaires ou inhalothérapeutes. Ils nous parlent du transfert des savoirs et du partage de l’expertise.

Laurier Caron et le personnel de la santéPour Géraldine, le transfert des connaissances se fait au quotidien sans que cela soit vraiment structuré : « Chez nous, lorsqu’une nouvelle est initiée, elle me suit partout, mais je dois faire l’ouvrage quand même. Je lui dis : “suis-moi, si tu as des questions je vais t’expliquer pourquoi je fais ceci ou cela.” C’est ça l’initiation ! » Pour France, cela prend un esprit d’entraide pour intégrer les nouvelles et les nouveaux. « Dans les départements, il arrive souvent des jeunes pour effectuer les remplacements. Il y en a beaucoup ; tu es toujours en contact avec une autre infirmière. C’est certain que je ne laisse pas la nouvelle toute seule dans son coin. Si je peux l’aider, je le fais.»

L’entraide ne se limite pas au soutien entre les membres d’une même profession. « Moi, je suis toute seule le soir, je ne peux pas faire ça avec d’autres membres de ma profession. Par contre, j’ai une très belle collaboration avec les préposés », explique Denise. Elle se rappelle : « J’avais remarqué qu’une nouvelle préposée faisait des pas pour rien. Je lui ai donné quelques conseils et ça lui a permis de gagner du temps et de moins se fatiguer.»

Il n’y a pas beaucoup de métiers ou de professions qui ont aussi peu d’encadrement ; ça augmente le niveau de risque. Simon résume : « Ils n’ont pas d’argent pour engager du monde ; ils n’ont pas d’argent pour mettre du monde pour “coacher” ; alors, c’est nous qui payons !»

Plusieurs souhaiteraient encadrer le nouveau personnel s’il y avait de meilleures conditions. Ainsi, un employé affirme : « Moi, je suis un peu comme une personne de référence parce que les jeunes viennent me voir. Je me suis occupé des stagiaires, mais j’ai laissé parce que je trouvais cela trop lourd. Mais de la supervision, c’est certain que c’est quelque chose que j’aimerais faire.»

Une autre personne souligne : « Chez nous, on a fait une expérience de tutorat. L’infirmière était libérée pour faire ce travail. Celles qui ont vécu cette expérience ont adoré cela. Elle a été positive et a permis de renforcer les équipes.»

Plusieurs mentionnent que ce n’est pas tous les membres du personnel qui s’intéressent à l’encadrement des nouvelles et nouveaux. « Il y a des gens qui sont capables de “coacher” les jeunes, et il y en a d’autres qui vont plutôt les décourager. Il faut être réceptifs aux jeunes, voir ce qu’ils ont à nous apporter. Cela prend des gens qui ont l’esprit ouvert aux nouvelles techniques, qui vont être capables d’échanger entre les deux générations. » Diane est aussi d’avis qu’il faut montrer plus d’ouverture aux jeunes : « Souvent, on considère les jeunes qui s’intègrent comme des nouveaux qui ont plus à apprendre qu’à montrer. On n’a pas le réflexe de regarder ce qu’ils pourraient apporter, c’est dommage. » Si le personnel plus expérimenté doit montrer plus d’ouverture aux jeunes, certains constatent aussi que ces derniers doivent être plus audacieux et oser demander. Cela permettrait de réduire les risques d’erreurs.

Tiré de Nouvelles CSQ, printemps 2007