Centrale des syndicats du Québec

Les jeunes, un groupe « à risque »

Pierre Lefebvre
Conseiller en santé et sécurité du travail
 
Les statistiques sont troublantes : en 2003, les jeunes de 15 à 24 ans comptaient pour 17 % des réclamations à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) à la suite d’accidents du travail. La fréquence des lésions professionnelles pour ce groupe d’âge était une fois et demie plus élevée que chez les 25 ans et plus, soit 22 163 lésions professionnelles indemnisées par la CSST chez les 15-24 ans. Entre 2000 et 2003, la CSST a comptabilisé 47 décès, ce qui correspond en moyenne à un décès par mois. Plus de la moitié (54 %) des accidents du travail subis par les jeunes surviennent dans les six premiers mois d’un nouvel emploi et 47 % se produisent entre les mois de mai et septembre, soit au moment où les étudiantes et les étudiants occupent des emplois d’été ou, tout juste finissantes et finissants, obtiennent un premier emploi.
 
Jeune au travailPlusieurs facteurs expliquent cet état de fait. Mentionnons la précarité qui affecte plus particulièrement les jeunes. Viennent avec elle, une adaptation constante à de nouveaux emplois, des craintes de subir des représailles en cas de plaintes ou souvent, une formation et un encadrement au travail déficients. Ajoutez à cela un profond changement de valeurs chez les jeunes, une perception différente des risques et une méconnaissance des droits et obligations en matière de santé et de sécurité et voilà une situation préoccupante.
 
La CSST et son institut de recherche l’IRSST ont donc décidé de prendre le taureau par les cornes. L’IRSST a amorcé, en 2004-2005, une démarche appelée Opération JeuneSST. L’équipe chargée de ce projet a pour mandat de planifier, d’organiser et de mettre en œuvre une stratégie de développement de la recherche sur les jeunes et la santé et la sécurité du travail permettant ainsi à l'IRSST de soutenir les interventions de la CSST, du réseau de la SST et des milieux de travail.
 
De son côté, la CSST a développé un plan d’action jeunesse comportant trois volets. La CSQ participe activement au volet « éducation » qui vise à sensibiliser les jeunes d’âge scolaire à la prévention. Chaque automne, les écoles primaires et secondaires, publiques et privées, les services de garde en milieu scolaire et les jeunes des centres de formation professionnelle sont invités à soumettre des projets dans le cadre du Défi prévention jeunesse. Ce programme vise à inculquer aux jeunes une culture de la prévention en matière de santé et de sécurité par l’acquisition d’habitudes de prévention et d’attitudes et de comportements sécuritaires avant l’accès au marché du travail. En 2005-2006, 388 écoles participantes ont soumis 833 projets, touchant ainsi plus de 145 000 jeunes. Une aide financière de la CSST, pouvant atteindre 350 $ par projet, est disponible. L’an dernier, un montant de 169 650 $ a ainsi été distribué.
 
L’autre volet auquel la CSQ s’intéresse touche l’intégration des compétences SST dans la formation. En suivi à la signature par le Québec d’un protocole international à cet effet, la CSST et le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS) ont conclu, en 2005, une entente administrative pour sa mise en œuvre. Nous avons demandé à la CSST d’être associée aux travaux qui commenceront sous peu pour traduire concrètement cette entente qui touche, notamment, le soutien aux établissements et la formation et le perfectionnement du personnel scolaire.
 
Enfin, le troisième volet du plan d’action jeunesse de la CSST touche l’intégration au travail des jeunes et s’adresse davantage aux employeurs.

Tiré de Nouvelles CSQ, septembre - octobre 2006

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