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Enseigner dans la violence est inacceptable

Richard Têtu
Enseignant et membre du Syndicat de l'enseignement des Deux Rives. Il complète un doctorat sur l'autorité des enseignants.

Porteurs des idéaux qui les ont motivés depuis leur formation initiale, pourquoi tant de jeunes enseignants se questionnent-ils sur leur avenir et sur le sens de leur profession ?

Les impacts de la violence sur les enseignantes et les enseignants sont majeurs, particulièrement chez les moins expérimentés placés en situation précaire comme les stagiaires, les suppléants occasionnels et les contractuels. « Qu’est-ce qui m’arrive aujourd’hui, le plaisir d’enseigner n’y est plus ? », me confiait récemment un jeune collègue.

Quel soutien accorder aux enseignantes et aux enseignants qui s’insèrent dans la profession ? Quel soutien donner à ceux que l’on croyait insensibles et qui, subitement, sont fragilisés par des paroles, des attitudes et des gestes brutaux ? Comment les accompagner sans banaliser les événements ? Par la fuite, le silence, le déni ? Nous connaissons tous des collègues volontaires et généreux qui écoutent et soutiennent pour conjurer la souffrance de leurs pairs. Mais au-delà de ce volontariat, il y a une nécessité d’éthique professionnelle pour tous.

Couloir d'établissement d'enseignementDans la foulée de notre professionnalisation et appuyées par la Charte des droits et libertés de la personne, deux actions prioritaires et urgentes doivent être entreprises : une appropriation de la Déclaration de la profession enseignante1 et une sensibilisation de la violence faite aux personnels des établissements scolaires.

La Déclaration de la profession enseignante m’interpelle pour la mise en place d’un mécanisme d’insertion professionnelle concernant la prévention de la violence dont sont victimes les collègues. Autour du « partage de connaissances et d’expérience », on ne peut échapper au principe de « la reconnaissance de la collaboration avec les collègues » et de « l’importance de la prévention et la lutte contre toute forme de violence ou de harcèlement ».

À ce sujet, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a collaboré, il y a quelques années, à l’élaboration d’un programme de prévention de la violence faite aux personnels des écoles. On relira avec profit ce document. On y retrouve les assises pour une meilleure compréhension du phénomène : la violence physique, le harcèlement moral et l’intimidation, ainsi que le rôle mésestimé des témoins. De plus, des scénarios de sensibilisation et de formation créent un contexte favorable à la discussion et à la transmission d’informations.

Le gouvernement a annoncé son intention d’élaborer un plan d’action pour lutter contre la violence en milieu scolaire. Par contre, aucune mesure concrète, aucune échéance et aucun budget n’ont été précisés. Les syndicats ne doivent pas attendre les mesures gouvernementales pour agir. Je souhaite que le syndicat de chaque établissement prenne l’initiative de convier les autres partenaires scolaires à se concerter pour lutter contre les diverses formes de violence.

Il est impératif que les directions d’établissement s’engagent à faire respecter le code de conduite des élèves ainsi que les droits de l’homme et les libertés fondamentales de chacun. De même, les commissions scolaires doivent se doter d’une politique claire sur la violence en milieu de travail.

Enseigner dans la violence est inacceptable. Apprendre à reconnaître la violence, savoir la dénoncer, mais surtout prendre en charge la prévention de la violence s’imposent pour améliorer notre sécurité, notre bien-être, notre santé. Nous devrons accélérer la cadence et conjuguer nos devoirs éthiques pour une édification d’une société pacifique, juste et égalitaire. Comme représentants des règles, des normes et des valeurs, il en va de notre autorité éducative dont les figures sont à affirmer.

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1 Déclaration de la profession enseignante

Tiré de Nouvelles CSQ, printemps 2007